La voie missionnaire

jeudi 26 juillet 2012
par jabiru

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C’est la voie la première dans l’ordre de finalité, c’est-à-dire la première dans l’ordre de l’intention même si elle ne l’est pas dans l’exécution : " Le scout est fait pour servir et sauver son prochain. " Cette voie d’apostolat, résumée par la promesse, se prépare en effet, s’aplanit sur les deux précédentes, à l’exemple de la vie publique de Notre Seigneur. L’agir suit l’être, comme on dit en philosophie. On ne donne que ce qu’on a et plus encore ce qu’on est : " Aie peu, sois beaucoup ", résume Gustave Thibon. Et l’on est ou plutôt l’on devient ce qu’on est par les voies d’enfance et de pauvreté. Comme tu es, tu agis ; comme tu pries, tu crois ; comme tu crois, tu construit ou tu agis, selon le vieil adage monastique. L’aventure du scoutisme est d’abord intérieure. On est d’autant plus missionnaire à l’extérieur qu’on considère son âme comme le premier pays de mission : commencer par soi ! Avant d’être missionnaire au sens de conquête, il faut l’être au sens monastique, comme disait le P. Revet : " Notre vie veut être une prédication, comme notre accueil. D’où notre allure de paix, de joie, de beauté dans l’austérité (…) Notre vie doit être sans cesse un appel. ". Ce qui n’empêche pas, bien au contraire, l’action et la reconquête : " Parce qu’il y a un scout quelque part, il faut qu’il y ait quelque chose de changé en mieux " (Serge Dalens).

Mais toujours primauté de la contemplation sur l’action : comme tu crois, tu agis ! L’aventure cistercienne est née de la foi de saint Bernard : " La mesure d’aimer Dieu, c’est de l’aimer sans mesure ! ". L’épopée des croisades est née de la foi des chevaliers : " Dieu le veut ! ". Et la chevauchée de Jeanne d’Arc ne s’explique que par son aventure intérieure : " Messire Dieu premier servi ! " C’est la même foi contemplative qui soulève les croisades et les cathédrales comme des montagnes, qui transforme nos lieux de vie en " terres saintes ", c’est-à-dire en chrétienté, sous le soleil de Dieu, par la pioche ou l’épée, mais toujours avec la croix, pour qu’Il règne !

Constatant que la chevalerie et comme l’aiguillon moral de la méthode fondée par Baden-Powell, le P. Sevin avait pensé que le mouvement scout ne porterait tous ses fruits que s’ils conduisait certains de ses membres à la pratique des conseils évangéliques selon l’esprit et les principes des anciens ordres religieux de chevalerie :

" L’ère des croisades, écrit-il dans ses Positions sacerdotales, a vu naître au sein des ordres de chevalerie le moine-chevalier, religieux et homme de combat, et à côté de lui, le chevalier-prêtre, aumônier ou chapelain de l’ordre de Malte ou du Saint-Sépulcre. Nul n’estimait alors que l’homme élevé par Dieu à la plus haute dignité de ce monde dût, en recevant le sacerdoce, abdiquer noblesse et chevalerie ; nul ne pensait que le code d’honneur qui régissait la vie des frères laïcs fût de trop mince valeur pour être proposé à ceux qui, étant de noblesse divine, se devaient d’être les premiers entre les chevaliers de Jésus-Christ.

" Ainsi nous, formés naguère à la discipline et à la loi chevaleresque du scoutisme, et redevables peut-être à cette formation de ce qu’il y a de meilleur en nous, vocation comprise, nous ne pensons pas que ce qui a été pour nous source de tant de grâces doive nécessairement se tarir du fait de notre entrée dans la milice cléricale (milice = chevalerie). (…) Forts de notre expérience personnelle, nous croyons au contraire que la vertu de la promesse et de la loi agit toujours sur nos âmes ; nous croyons, pour en vivre, à l’existence d’une spiritualité scoute grâce à laquelle nous espérons devenir meilleurs séminaristes, meilleurs prêtres, meilleurs apôtres, et finalement les saints que Notre Seigneur attend de nous. "

(…)

Mais si cette spiritualité scoute et sa voie missionnaire s’adressent éminemment à des âmes consacrées, " appelées au plus haut service ", capables d’élever plus facilement les vertus scoutes à la dignité de vertus surnaturelles, elle peut se vivre également (dans une moindre mesure) à l’échelle des simples scouts dont la fraternité chevaleresque est un tremplin pour le service naturel et surnaturel des autres (articles 4 et 3). Fils de la chrétienté, le scout travaille à établir le règne du Christ dans le monde qui l’entoure. En commençant au camp où Il a (spécialement) planté sa tente parmi nous. C’est une spiritualité qui se vit en équipe, en communauté, à l’image de la communion des saints, le plus grand élevant le plus petit, le plus fort protégeant le plus faible, dans cet esprit de service propre à la chevalerie.

C’est du reste cette spiritualité touchant par le haut tout le scoutisme catholique (du petit scout au plus grand chef, en passant par l’ancien) qui permet " des aspirations et vocations multiples vers le sacerdoce — considéré comme apostolat — ou/et vers la vie religieuse contemplative ou missionnaire, envisagées comme aboutissement de la promesse " (P. Sevin : Notes sur la " Spiritualité scoute " ?). Avec le désir chez un bon nombre d’un ordre scout, " de trouver réalisée, dans et par le scoutisme cette vie religieuse et même sacerdotale ".

C’est aussi cette spiritualité qui produit ceux qui n’hésitent pas à faire le sacrifice de leur vie pour Dieu ou la patrie comme en témoigne par exemple le mémorial de Riaumont des scouts morts pour la France.

Nul doute alors que la spiritualité scoute existe bien, certes à des degrés différents (comme ceux qui distinguent par exemple un oblat laïc d’un religieux), inspirant bien des promesses prononcées au lendemain d’une veillée d’armes, agissant en tous cas sur les âmes et modifiant nettement leur vie spirituelle et leurs rapports avec Dieu et le prochain, selon le propre d’une spiritualité.


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