Une doctrine sociale

jeudi 26 juillet 2012
par jabiru

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Ce qu’on nomme le système des patrouilles illustre bien la conception organique que se fait le scoutisme de la société et de son ordre hiérarchique (conformément à la philosophie réaliste), et comment il applique admirablement, à son échelle, le principe de subsidiarité. Principe (développé par Pie XI dans Quadragesimmo anno) selon lequel, " de même qu’on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s’acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens ", de même l’autorité supérieure doit-elle s’interdire par une ingérence malheureuse de retirer aux " groupements d’ordre inférieur " les fonctions qu’ils sont en mesure de remplir eux-mêmes. Cela, de façon à mieux remplir elle-même les fonctions qui n’appartiennent qu’à elle, parce qu’elle seule peut les remplir : diriger, coordonner, surveiller, stimuler, contenir, éventuellement suppléer.

Inutile d’insister sur la relation CT-CP (chef de troupe-chefs de patrouille), à travers notamment les institutions de la HP (haute-patrouille), du CDC (conseil des chefs) et de la Cour d’honneur, pour vérifier l’incarnation exemplaire de ce principe. Certains observateurs extérieurs au scoutisme ont pu reconnaître dans sa pratique une application pro domo de la doctrine sociale de l’Église. L’on y retrouve, comme dans un microcosme à part ou plutôt une sorte de tiers-ordre éducatif, les vertus communautaires de l’Ancien régime et de ses " conseils " ( " Le roi en ses états, le peuple en ses conseils ").

(…) Il est intéressant de souligner ici la place singulière du chef de patrouille, comme pivot (organe de liaison) entre le monde (de jeux) des enfants et le monde (de responsabilités) des adultes, assurant en quelque sorte la continuité des générations, l’harmonie sociale du groupe contre toute lutte de classes ou conflit de générations. C’est sans doute à propos de ce fameux système des patrouilles qu’on peut le mieux parler de l’empirisme organisateur de Baden Powell pour " transformer ce qui était un art d’apprendre aux hommes à faire la guerre, en un art d’apprendre aux garçons à faire la paix ".

Cette fonction essentielle de médiation, le scoutisme la cultive aussi, de façon beaucoup plus large et moins originale, dans le service de l’Église, de la patrie et du prochain auquel la promesse appelle à s’engager, après Dieu " premier servi ". " Celui qui prétend aimer Dieu et qui n’aime pas ses frères, celui-là est un menteur ", est-il dit dans l’Écriture. Ce n’est pas une erreur si, dans son Guide du chef éclaireur, Baden Powell place justement le service de Dieu dans son " Programme d’éducation civique ", qui implique aussi bien sûr le service de la patrie, dans un " politique d’abord " (bien compris). La patrie ne peut être séparé de son Créateur. Car le propre d’une médiation, c’est précisément d’avoir ou d’être une finalité intermédiaire. Laquelle n’est jamais un obstacle à écarter mais un tremplin à respecter. Il ne convient, en l’occurrence, ni de s’y arrêter, ni de l’ignorer, mais de la référer à Dieu.

De même, si le patriotisme " prétend se passer des étapes intermédiaires (familles, terroirs, provinces) il n’est plus qu’un arbre sans racines qui doit tomber au moindre choc ", constate Pierre Géraud Keraod (Maîtrises de décembre 1974). Le devoir du scout commence à la maison : c’est l’apprentissage du devoir d’état. De la famille à la patrie (via l’école et le scoutisme), de la patrie à Dieu (via l’Église), il y a une hiérarchie dans le service et dans l’honneur, mais il faut en respecter simultanément les échelons selon la logique de notre condition humaine. " Celui qui croit atteindre la Fin dernière en se débarrassant de la charge des fins intermédiaires, pensant aller ainsi plus vite et plus droit, celui-là est un chimérique ", écrit Jean Madiran (dans Le principe de totalité, NEL, p. 73).

C’est l’immense mérite du scoutisme de rappeler et de faire vivre aujourd’hui ces préceptes de la doctrine sociale de l’Église et plus communément de la loi naturelle, contre les grands courants subjectivistes et individualistes des temps modernes.


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