L’expérience et le sens du réel

jeudi 26 juillet 2012
par  jabiru

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Comme l’expérience sensible (externe) est la source première de la philosophie réaliste, elle est un ressort essentiel de la méthode éducative du scoutisme. Laquelle est une méthode expérimentale, et par conséquent réaliste, qui voit dans l’expérience le principe de son apprentissage intellectuel et manuel. D’où l’importance qu’elle donne à l’éveil de l’intérêt et des responsabilités dès le plus jeune âge, au sein du " système des patrouilles " et par l’acquisition des " badges ", sous le contrôle du chef-éducateur.

L’esprit est d’autant plus riche qu’il emmagasine la matière de bien des observations et de bien des expériences qui forment et aiguisent son jugement. Car, selon saint Thomas : " Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu ". Il n’y a rien dans l’esprit qui ne soit passé par les sens. Et la vérité est l’adéquation du réel et de l’intelligence : " adequatio rei et intellectu ".

Du concret à l’abstrait : c’est aussi la " loi de l’intérêt " (l’un des cinq " moteurs " du scoutisme), le principe de l’exploration scoute au sens large, poussée par l’étonnement et la curiosité. Tout doit être fait pour que le scout s’interroge devant l’inconnu, pour qu’il interroge le réel. Et bien des choses passent pourvu que " l’appât soit au goût du poisson " (Baden Powell)...

" Nous tirerons le sens du juste de l’observation de la nature "  : de l’observation et du sens du concret développés par Baden Powell, les scouts arrivent à un certain sens du réel qui leur met les pieds bien sur terre et l’esprit où il convient.

C’est à l’opposé de la pédagogie cartésienne qui entend faire " table rase " des expériences pour ouvrir l’enfant au monde des idées (innées) et le faire ainsi parvenir prétendument au monde des " adultes ". Nous nous trompons, pensait Descartes, " parce que nous avons été enfants avant que d’être hommes " et que nous avons jugé " des choses qui se sont présentées à nos sens, lorsque nous n’avions pas encore l’usage entier de notre raison ".

Cette méfiance à l’égard du sensible a donné, on l’a vu, des siècles d’habitudes scolaires par lesquelles, notamment, l’enseignement devait " s’imprimer " (par l’intermédiaire du maître) dans les têtes, bras croisés sur le banc des écoles, parce que le corps et l’expérience n’y avaient aucune part. Enté sur une funeste tradition idéaliste, le système éducatif français a, de cette façon, coupé radicalement l’école du réel et des métiers, comme il a favorisé la rupture des générations. Et prolongeant toujours plus loin cette séparation (par une scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans), il a stérilisé depuis des décennies les intelligences et les aptitudes d’une multitude d’individus.

Par sa méthode d’éducation réaliste et active, le scoutisme retrouve et atteint au contraire l’unité substantielle de l’homme et donc de l’enfant, corps et âme. A l’école d’Aristote et de saint Thomas. Dans les Cahiers du Cercle sainte Jehanne (janvier 1946 et mai 1962), le père Paul Doncoeur développera cela jusqu’à ce qu’on a appelé le principe d’incarnation, " c’est-à-dire de présentation réaliste :... non point l’esprit seul ; mais " dans, par et avec " le corps "...

" Un théologien sagace, l’abbé Masure, remarquait que le grand service rendu par le scoutisme avait été la réconciliation de Dieu avec sa créature. D’avoir été l’un des grands moments de la puissante réaction du catholicisme contemporain contre le jansénisme et la casuistique qui ont régné en maîtres durant deux siècles et demi. " (...)


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