L’école dite nouvelle

jeudi 26 juillet 2012
par  jabiru

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En réaction à cette méthode intellectualiste efficace jusqu’à un certain point, est née la " pédagogie nouvelle ". C’est celle qui reprend les théories de Rousseau en croyant notamment que l’enfant, comme l’homme à l’" état de nature ", est naturellement bon. C’est donc à l’école de l’enfant qu’il s’agit en somme de se mettre et de mettre la société, en le laissant développer librement et spontanément ses besoins qui sont forcément bons. L’enfant n’est plus objet mais sujet de l’éducation. Loin de se défier de lui et de ses instincts, de ses sens et de son corps, on considère que c’est l’enfant qui a raison, qui est forcément toujours dans le vrai et que la société, avec ses idées toutes faites d’adultes, ne peut que le bloquer, le frustrer, le traumatiser dans son " vécu ", corrompre son innocence. Pas de sanctions donc ! L’enfance est un royaume, un sommet où l’adulte ne doit pas s’ingérer, sinon en témoin, en respectant cette " culture de l’enfance ", sans prendre d’initiatives malheureuses :

— Quand je rencontre des jeunes, je n’ai rien à leur dire. Je me mets à l’écoute car, bien que je sois leur aumônier, c’est à eux de me convertir, disait l’ancien aumônier général des Scouts de France, le P. Debruyne.

(...)

Non seulement on se met " à l’écoute des enfants ", mais on dénie aux éducateurs toute autorité " aliénante " sur eux. L’enfant doit faire ses propres expériences. La spontanéité est le maître-mot : " Ton corps est à toi. ". L’importance du travail manuel et du jeu est capitale pour cette formation :

" L’enfant, résume de son côté Géraud-Keraod, va travailler par associations d’images et par centres d’intérêt. Il laisse ainsi libre cours à sa créativité, qui n’est que l’un des aspects de sa spontanéité totale. S’il rédige un texte, ce sera un texte libre. Il ne saurait y avoir de thème imposé. "

On voit bien l’influence actuelle sur les mœurs de cette nouvelle pédagogie qui règne aussi bien dans nos écoles (depuis 1968) que dans la catéchèse (depuis le Concile) sans parler des mouvements de jeunes comme les (néo)Scouts de France.

Jean de Viguerie cite cet extrait révélateur d’un document officiel de la catéchèse en 1970 : " La valeur pédagogique d’un programme, d’une parole, ne réside pas d’abord dans sa richesse de vérité, mais dans le fait qu’ils sont adaptés à l’expérience religieuse de l’enfant, au moins à ses possibilités actuelles d’expérience " (Doctrines de vie au catéchisme). La religion est proposée et agréée seulement dans la mesure où elle apporte quelque chose à l’enfant pour son épanouissement, sans cadre et sans contraintes. " Éduquer n’est pas contraindre ", selon le titre d’un autre document de l’Enseignement catholique.

Au nom du " projet personnel de l’enfant ", on bascule dans une forme de subjectivisme et par suite de nominalisme, en partant non de l’objet, c’est-à-dire la vérité révélée, mais du sujet, c’est-à-dire de l’enfant qui se construit sa vérité. " L’homme n’a point de nature, il est une histoire. " (Lucien Malson). Chacun vit sa propre histoire à travers sa conscience personnelle. A l’Émile de Jean-Jacques, on ne dit jamais : Fais ceci parce que c’est bien, ou : Évite cela parce que c’est mal, mais : Fais ceci, tu obtiendras cela. C’est déjà la praxis révolutionnaire selon laquelle il importe plus de transformer le monde que de l’interpréter...

Au niveau social, on bascule aussi, à l’imitation de Rousseau, dans le contractualisme. Il n’y a plus de loi au-dessus du groupe. C’est la volonté du groupe qui fait la loi dans une libre discussion. Toute décision se soumet au vote entre jeunes égaux (jusqu’au chef d’équipe qu’on élit autant qu’on veut chez les pionniers SDF). C’est le principe du " forum " (du palabre) où la communication remplace la discipline. La vérité comme la vertu repose sur les vœux du plus grand nombre. Et celui qui rechigne à cette dynamique de groupe est un méchant " déviationniste "... Ce vocabulaire est issu du totalitarisme qui emprunte aussi beaucoup à l’école nouvelle pour parvenir à ses fins, tant il est vrai que " les contraires sont du même genre ". Dans l’école nouvelle, on passe facilement (comme dans les régimes selon Platon) de l’anarchie à la dictature...

" Notre but, disait Michel Rigal lors de la révolution culturelle des Scouts de France, doit être la constitution d’un syndicalisme des jeunes ", dialectiquement opposé à la société des adultes. Le pédagogue (ou " l’animateur ") n’est plus un médiateur entre le jeune, son groupe et la société, c’est le groupe qui devient médiateur. Mais cette médiation du groupe ne se fait pas entre l’enfant et la société, mais entre le jeune et sa génération, ainsi libérés de la tutelle des adultes. On s’organise et se dirige ensemble spontanément sans programme préconçu... Le résultat laisse plutôt inquiet, selon le constat de Mgr Gérard Defois :

" Durant des années, tant dans l’instruction profane que dans l’enseignement religieux, la pédagogie a voulu partir des intérêts de l’enfant ou du jeune ; mieux, des activités ludiques tentaient de susciter des attitudes actives et questionnantes chez le sujet de la catéchèse (...). Or nous avons constaté les limites de ces pédagogies et nous remarquons chez de jeunes adultes des lacunes importantes en matière de connaissances, comme en témoignent leurs difficultés d’orthographe dans l’acquisition de la langue... " (Extrait d’un texte intitulé " De la catéchèse d’initiation à l’éducation permanente de la foi ", paru dans l’ouvrage collectif Évangélisation, catéchèse, catéchistes, Téqui, 2000).

L’heure est en effet au dépôt de bilan tant au niveau de l’Éducation nationale (notamment pour ses méthodes globales d’apprentissage de la lecture) qu’au niveau de l’Eglise (pour sa néocatéchèse). " Paradoxalement l’obsession du sujet, comme l’écrit Denis Sureau (dans un éditorial de L’Homme nouveau sur la catéchèse, intitulé " le temps des révisions déchirantes "), se retourne contre lui : les méthodes pédagogiques nouvelles se révèlent foncièrement antipédagogiques. " En témoignent le nombre croissant d’illettrés intellectuels et religieux et les légions de livres sur l’échec scolaire de l’Éducation nationale...


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