Conclusion

vendredi 20 juillet 2012
par jabiru

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Si les SdF ont considérablement spiritualisé le scoutisme, ils n’en ont pas oublié l’aspect technique. Évidemment, leur modèle chevaleresque évacue tout ce domaine matériel, mais les SdF veulent créer une chevalerie des temps modernes, non pas imiter une institution dépassée. Ils remplacent donc les activités guerrières par les activités scoutes. Ils ne laissent pas tomber la technique, mais, au contraire, dans leur conception catholique des rapports entre naturel et surnaturel, ils en font un moyen de sanctification au même titre que l’esprit scout, dont elle est inséparable. "Nous bondissons à la pensée que tant de gens ne voient dans notre scoutisme SdF qu’un code de vie religieuse surajouté au code de santé que le monde essaie d’établir." (1). Car le catholicisme l’imprègne à tous ses niveaux. Quand les patronages profitent de l’occasion du football pour introduire une formation religieuse sans rapport, les SdF surnaturalisent les activités scoutes elles-mêmes, jeux, camps, marches, parce que la promesse engage à appliquer en permanence l’esprit scout, transcendé par les aumôniers français en véritable spiritualité catholique. "Intrinsèquement, le catholicisme compose avec son scoutisme ; au sens thomiste, il l’informe. Il y a compénétration, animation. A la façon de l’âme présente dans tout le corps et du corps humanisé par l’âme." (2).

D’ailleurs, si l’on a évoqué plusieurs fois la difficulté de connaître la perception du scoutisme catholique par les jeunes scouts eux-mêmes, on dispose tout de même de documents révélateurs. Déjà, le nombre de vocations sacerdotales et religieuses parmi les anciens scouts en dit assez long. D’autre part, pendant la seconde guerre mondiale, tous les routiers et chefs emprisonnés fondent des clans de routiers dans les camps de prisonniers, pour se soutenir mutuellement et surtout pour répandre leur idéal autour d’eux. De même, les témoignages issus d’archives familiales, actuellement recueillies à Riaumont(3), à propos des scouts morts pour la France, décrivent de saintes agonies et révèlent que, devenus adultes, les anciens scouts appuient toujours leur vie morale sur leur promesse (ils l’écrivent eux-mêmes). Qu’il s’agisse des soldats tués en 1940, tels le "routier de légende" Guy de Larigaudie, des volontaires disparus dans la bataille de France, en Indochine ou en Algérie, l’enquête signifie clairement les motivations religieuses et la vie spirituelle intense de ces héros issus des SdF.

Voici ce qu’écrit dans son journal de bord Daniel Carlier (ancien louveteau, scout, CP, routier, SM au groupe Charles de Foucauld de Valenciennes) la veille de sa mort, à 22 ans : "Kembs, nuit du 31 décembre 44 au 1er janvier 45. J’écris ces lignes avant l’attaque. Mon Dieu, je suis prêt. Faites que cette nuit, je sois fidèle à mon idéal scout. Seigneur Jésus, apprenez-moi à être généreux…". Ou encore Joël Anglès d’Auriac, 22 ans aussi, routier au clan Saint-Martin de Toulon, peu avant son exécution à Dresde pour résistance au sein du STO : "Voici le dernier message de votre ami Joël. Je meurs avec le sourire car le Seigneur est avec moi, et je n’oublie pas qu’un routier qui ne sait pas mourir n’est bon à rien (4)… Adieu, frères routiers, ma dernière parole : ne quittez pas le scoutisme. Adieu." Sa cause de béatification est d’ailleurs introduite à Rome. Enfin, Pierre Dupont, scout puis SM à la 2ème Belfort, FFI pendant la guerre. Du maquis, à 19 ans, il écrit à sa mère : "J’ai demandé à Dieu que si quelqu’un de chez nous doit disparaître, il daigne me choisir de préférence. Depuis, je reste prêt comme un petit scout." Il meurt effectivement le 16 septembre 1944. Ces exemples, et les centaines d’autres archivés au mémorial des scouts morts pour la France, montre que le scoutisme d’entre-deux-guerres est enseigné et compris par les jeunes avant tout comme une méthode d’éducation catholique.

En fait, malgré la grande nouveauté de la méthode et son emprunt à un pédagogue anglican, les SdF, à une époque où le modernisme progresse sensiblement dans l’Eglise, se montrent fidèles au catholicisme le plus traditionnel : philosophie thomiste, doctrine sociale de l’Eglise (déjà très contestée par les catholiques libéraux) et pratique des sacrements. De plus, les pères fondateurs entrevoient avec une grande lucidité les éventuels dangers du scoutisme et ses déviations possibles. Ils donnent donc aux chefs une solide formation, théorisent très clairement la méthode, et dressent des garde-fous dans tous les domaines délicats ou tendancieux. Pendant toute l’entre-deux-guerres, leurs conceptions du scoutisme n’évoluent pratiquement pas et même lorsque le père Sevin est évincé, en 1933, ses idées continuent à mener le Q.G., dont il a formé les chefs pendant dix ans à Chamarande. En revanche, les SdF progressent rapidement en nombre et en importance et, en 1940, ils semblent atteindre le faîte de leur gloire.

En effet, après une période d’observation prudente, ils s’aperçoivent que le maréchal Pétain veut donner à l’Eglise un rôle social de premier ordre, et ils participent avec enthousiasme à la Révolution nationale. La reconquête à laquelle ils se préparent depuis vingt ans paraît enfin porter ses fruits, même si la situation de la France reste douloureuse pour de fervents patriotes. Les SdF ne retrouveront jamais la situation de 1940, avec nombre de leurs membres à des postes de décision du régime : l’ordre scout semble prêt à s’installer. Mais, avec les progrès de la collaboration et la conquête de la zone libre en 1942, de nombreux scouts passent dans la résistance. Après la guerre, les effectifs continuent d’augmenter, mais déjà, la doctrine commence nettement à évoluer, notamment à cause de la perte des nombreux chefs, et souvent parmi les meilleurs, qui ne reviennent pas des combats. Toute la formation d’entre-deux-guerres a disparu avec eux. Les prisonniers qui ont découvert la route pendant la guerre sans avoir fait de scoutisme auparavant prennent la tête de l’association. Le scoutisme élaboré par le père Sevin commence donc à nettement s’étioler après la seconde guerre mondiale. Il ne survit pas à la crise de l’Eglise. C’est pourquoi l’entre-deux-guerres présente la période la plus cohérente et la plus lumineuse des SdF, celle de la conquête de la jeunesse et du clergé, dans une fidélité gérée à merveille à la fois à la pédagogie de BP et aux enseignements traditionnels de l’Eglise.

 

 

NOTES :

1.Abbé Joly, in Le Chef de mars 1936, p.214.

2.Père Forestier, o.p., Scoutisme ,méthode et spiritualité, Le Cerf, Paris, 1940, p.111.

3.Laboratoire scout de Riaumont.

4. Cérémonial du départ routier


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