Jugements antérieurs à 1920

vendredi 20 juillet 2012
par jabiru

 

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A considérer les discussions qui ont opposé les fondateurs des SdF, tous de bonne volonté et persuadés des bienfaits du scoutisme, on imagine aisément comment certains ecclésiastiques ont pu réagir à ce mouvement d’origine anglicane. Cependant, nous tenons à mettre en exergue un point trop souvent oublié dans les ouvrages sur les SdF. On parle beaucoup des condamnations par l’Eglise de France du scoutisme en général sans distinguer que ce que le clergé français condamne, ce sont les associations neutre et protestante, qui séduisent ses ouailles, et non pas la pédagogie de BP en soi. Tel est le danger qui l’inquiète. Beaucoup semblent d’ailleurs ignorer l’existence des EU, à moins qu’ils ne préfèrent les épargner, et les EdF neutres recueillent la grande majorité des condamnations. Seuls les intégristes de La Sapinière, organisme secret fondé en 1909 pour lutter contre le modernisme, étendent leur condamnation à l’ensemble du scoutisme, y compris catholique. C’est pourquoi, pour la grande majorité du milieu ecclésiastique français, nous distinguons les jugements antérieurs à la fondation des SdF, de ceux qui suivront.

Pour commencer, on remarque que la campagne de presse qui se déchaîne contre le scoutisme, dans les milieux catholiques, correspond bien aux dates de fondation des EdF et EU. D’après C.Guérin (1), c’est Mgr. Merry del Val qui ouvre la vague inquisitoriale dans la Correspondance de Rome, le 17 septembre 1911. Or on verra plus loin que le même prélat envoie, deux ans plus tard, une lettre d’encouragement au fondateur des BP Belgian boy-scouts, association catholique. Contradiction ? Non, simple distinction. Pour l’heure, il s’agit de mettre les fidèles en garde contre une oeuvre séductrice par ses activités, mais dont la morale reste laïque. L’article de la Correspondance de Rome est repris dans la Semaine religieuse de Cambrai, qui, entre 1911 et 1914, publie dix-huit articles dénonçant le scoutisme. Au même moment, la Ligue française antimaçonnique envoie une circulaire à tous les évêques sur les dangers des associations baden-powelliennes. Le 23 décembre 1911, Mgr. Delassus parle d’une "franc-maçonnerie pour enfants". De l’Echo de Paris du 16 juillet 1912 à la Semaine religieuse de Paris du 4 janvier 1913, toute la presse catholique est unanime.

Le 27 décembre 1912, Mgr. Amette interdit formellement l’entrée de catholiques aux EdF ou aux EU. Dans sa chronologie, Philippe Laneyrie, historien des SdF, parle de "condamnation du scoutisme par l’archevêque de Paris".(2). Il y a, à notre avis, abus de langage. D’ailleurs, on a vu que ce même Mgr. Amette encourage le chanoine Cornette à répandre son oeuvre, lorsqu’il apprend le nombre de catholiques dans les associations neutre et protestante. Là encore, aucune contradiction, contrairement à ce que pourrait laisser croire la formule de Philippe Laneyrie. Car il existe une nette différence entre la condamnation d’une méthode pédagogique et l’interdiction pour des jeunes catholiques d’appartenir à un mouvement neutre ou protestant. En tout cas, l’interdiction d’un scoutisme neutre est reprise par la grande majorité des évêques de France pour leurs ouailles.

Et la campagne de presse continue. Voici "un avis important" de la Croix de Provence du 21 septembre 1913 : "On nous a plusieurs fois demandé ce qu’il fallait penser des boy-scouts, autrement dits Eclaireurs de France. Quatre raisons doivent dissuader les catholiques de rejoindre le scoutisme : la formation des Eclaireurs de France a été décidée lors du Convent maçonnique de 1909 ; cette association est neutre ; par rapport au scoutisme anglais, l’assistance aux prières et aux offices du dimanche a été supprimée ; les éclaireurs ont des activités le dimanche matin, ce qui empêche l’assistance à la messe dominicale." Voilà qui illustre encore la distinction qu’il nous paraît indispensable d’introduire. Effectivement, seuls les EdF sont visés. Finalement, la Croix de Provence leur reproche leur neutralité, élément extérieur au scoutisme, et utilise même BP comme référence pour les critiquer. Nous ne discernons ici aucune critique de la pédagogie scoute. Par ailleurs, il semble que les circonstances de la fondation des EdF, lors d’une convention maçonnique, relèvent de la pure fantaisie. Même si cette légende est répandue, elle est démentie par l’abbé Tourmentin, lui-même pourtant spécialiste de la lutte antimaçonnique, dans la Franc-maçonnerie démasquée du 25 novembre 1912.(3).

Certes, la revue intégriste l’Idéal, en octobre 1912, reste plus équivoque dans sa condamnation. "Les chefs plus ou moins occultes des boy-scouts veulent détruire la religion. Le but est d’enlever l’adolescence à l’Eglise catholique et de préparer des générations de futurs francs-maçons." Quant à la Sapinière, c’est bien au scoutisme en général qu’elle s’attaque. Le 3 février 1913, Mgr. Begnini écrit en message codé à Jonckx, son correspondant belge (alors qu’il existe en Belgique une association de scoutisme catholique) : "Quant au bar anglais, il faut lui faire une guerre sans quartier. Car il vend des liqueurs frelatées, vert, bleuâtre, gris."(4). Le bar anglais signifie le scoutisme, le vert la franc-maçonnerie, le bleuâtre le libéralisme, et le gris le catholicisme libéral.

Il faut avouer que la liste des fondateurs des EdF et EU peut aisément soulever les soupçons des catholiques. Comme le remarque Philippe Laneyrie, "Coubertin s’est signalé par des attaques virulentes contre les méthodes éducatives des écoles catholiques ; Bertier est un catholique pratiquant, mais il figure parmi les premiers animateurs du Sillon, qui vient d’être condamné par Rome,(…), Nicolas Benoît est théosophe, Paul Charpentier est, paraît-il, un franc-maçon notoire, ainsi que l’un des fondateurs des EdF en Provence, Pierre Deschamps, dignitaire des Loges"(5).

Ce dernier écrit d’ailleurs en 1938 dans la Chaîne d’union, revue maçonnique, sur le parallélisme entre scoutisme et franc-maçonnerie. Cet article est repris sous le nom de Ben-Hiram, son pseudonyme maçonnique ( il s’agit toujours de Gaston Deschamps), en 1950 : "Quand le scout est appelé à faire sa promesse, il se présente devant la troupe tête nue, sans foulard, soit comme dit notre rituel (maçonnique) : dépouillé d’une partie de ses vêtement, ni nu, ni vêtu. Et tendant la main droite au-dessus de la flamme d’un feu allumé pour la circonstance, il promet d’être loyal, d’aider autrui, d’obéir à la loi de l’éclaireur. Alors le chef lui donne l’accolade.(…). Symboliquement, notre gosse a cessé d’être un VP". Ben-Hiram voit là un rite initiatique, comme il en pratique lui-même chez les francs-maçons. Mais, s’il se plaît à assimiler le scoutisme à la cause qu’il sert, il demeure peu convaincant. Le chapeau et le foulard, symboles de l’uniforme scout, peuvent-ils s’appeler vêtements ? D’autre part, la promesse au-dessus d’un feu reste spécifique aux EdF, ainsi que l’accolade. Les SdF, eux, étendent la main au-dessus d’un drapeau français et finissent par un salut scout au chef et à l’aumônier, dont ils ont reçu au préalable la bénédiction. Comme certains dénonciateurs catholiques de mauvaise foi, Ben-Hiram confond la méthode de BP avec son application neutre. Enfin, si le jour de sa promesse, on passe de novice à scout, c’est que l’on s’engage officiellement, devant tout le monde, à vivre en scout. Pourquoi ne pas aussi comparer ce rite de passage au baptême, qui fait passer d’homme corrompu par le péché originel au chrétien membre de l’Eglise du Christ ?

Evidemment, certains détails du scoutisme en général peuvent sembler troublants, comme l’appellation de louveteau pour la branche cadette. Effectivement, comme le dit J.-J. Gauthé dans un dossier très bien documenté sur le Secret scout, "en maçonnerie, un louveteau est le fils d’un franc-maçon qui a déjà reçu une pré-initiation. Et le thème du louvetisme est le Livre de la jungle, écrit par Rudyard Kipling, maçon notoire."(6). Mais les engagements personnels de Kipling ne changent rien à la valeur pédagogique de ce conte, dont le père Sevin admire les bienfaits dans son livre sur Le Scoutisme. Il précise que "si on donne (aux louveteaux) la bande d’Akela comme modèle d’obéissance et d’entrain, cela ne les empêche pas d’obéir pour l’amour de Dieu."(7).

D’ailleurs, dans ce même ouvrage, le Père Sevin ne traite pas les accusations de maçonnerie à la légère et, sans contourner le sujet comme délicat, il y répond : "On a voulu voir dans le scoutisme, en général, une institution proprement et essentiellement maçonnique. On argue de quelques faits : la présence de plusieurs dignitaires de la franc-maçonnerie dans le Comité exécutif des Boy-scouts de BP, le nom de louveteaux donné aux petits scouts,(…), et enfin quelques textes ou paroles émanées de membres du scoutisme anglais. On répond à cela que, dans le pays natal de la franc-maçonnerie, où la plupart des officiers ou des hauts personnages de l’Etat sont affiliés aux Loges et n’en font point mystère, où l’opinion publique, même catholique, ne regarde guère la maçonnerie que comme une société philanthropique, il serait étonnant qu’une organisation aussi nationale que la Boy-scouts Association ne comptât pas un seul maçon parmi ses protecteurs -mais elle compte aussi parmi eux le cardinal Bourne et d’autres prélats.(…). Quoi qu’il en soit, il est certain que les évêques d’Angleterre, bien placés pour savoir à quoi s’en tenir, ne se sont aucunement alarmés de ces soi-disant symptômes ; qu’ils patronnent l’œuvre, ont leurs meutes de louveteaux, et constatent l’excellente influence que scoutisme et louvetisme ont sur la formation de leurs petits catholiques. Avons-nous besoin d’ajouter que, dans notre pays comme dans tous ceux où il existe des fédérations catholiques séparées, les scouts catholiques ont encore moins à redouter les influences occultes, les infiltrations suspectes ou les parrainages inquiétants ?"(8). Dans le même esprit, on lit sur une circulaire des SdF à leurs aumôniers et chefs : "Que les francs-maçons d’Angleterre ou d’ailleurs aient été les premiers à vouloir, non faire du scoutisme, mais le tirer à leurs fins, cela prouverait simplement que <<les fils de ténèbres sont plus habiles que les fils de lumière>>. A supposer qu’il y ait des associations scoutes neutres sous l’influence de la maçonnerie, ce qui est vraisemblable, on n’en peut pas conclure qu’il ne faille pas de scouts catholiques."(9).

En ce qui concerne BP lui-même, bien qu’il ait fréquenté les milieux maçons et théosophistes, si répandus en Angleterre, il ne semble pas avoir appartenu à leurs sociétés. Même si on ne peut jamais rien affirmer avec certitude dans ce domaine occulte, J.-J. Gauthé s’est renseigné. "Pour l’Institut d’études et de recherches maçonniques du Grand Orient de France, que nous avons interrogé à ce sujet, Baden-Powell n’était pas maçon mais fréquentait assidûment les cercles théosophiques et les guildes où les maçons étaient nombreux."(10). "Mais la direction mondiale de la Société de théosophie considère que Baden-Powell n’y a jamais appartenu."(11). D’ailleurs, les EdF, tellement critiqués dans les milieux catholiques, et accusés sans doute à raison de franc-maçonnerie (du moins certains responsables s’en vantent-ils), ne sont pas beaucoup plus estimés par BP Ils ne doivent leur reconnaissance par le Bureau international de Londres, créé en 1920, qu’à leur ancienneté. En effet, BP décide officiellement, lors du Congrès international de 1922, à Paris, que la mention à Dieu, dans la promesse, est obligatoire, et il interdit ainsi toute association neutre. Après de longues hésitations, il n’ose renvoyer les EdF, acceptés à une époque où la reconnaissance se faisait presque automatiquement. BP préfère nettement le scoutisme des SdF, et ne s’en cache pas. "Baden-Powell lui-même soulignait que la vision du père Sevin non seulement ne déformait pas le scoutisme originel mais lui donnait une forme particulièrement accomplie, <<la meilleure réalisation de (sa) propre pensée>> (Baden-Powell)."(12). C’est pourtant bien à la lumière de l’Eglise que les SdF jugent le scoutisme et l’adoptent : il s’agit de "bien discerner, dans cette pédagogie, ce qui pourrait être périlleux ou contraire aux principes chrétiens de l’éducation."(13).

 

C’est un peu l’attitude que propose le père jésuite Caye, dans des articles parus dans la revue de la Compagnie de Jésus, en mars et mai 1913.(14). On les trouve souvent cités parmi la campagne de presse contre le scoutisme ou plutôt, comme on l’a montré, contre ses applications françaises. Christian Guérin parle de "deux articles très hostiles"(15), et Philippe Laneyrie de "vive critique du scoutisme"(2). Ce dernier reconnaît tout de même : "En conclusion, et par une de ces pirouettes dont les jésuites sont réputés avoir le secret, Caye entrouvre cependant la porte à une récupération du scoutisme par l’Eglise catholique."(16). En réalité, il suffit d’étudier en détail ces articles pour comprendre leur logique et s’apercevoir que les trois quarts concernent cette possibilité de récupération ! "C’est surtout dans les régions protestantes que le mouvement est poussé : hommes d’Etat, soldats, magistrats, médecins y sentent le besoin d’employer tous les moyens pour rendre à la jeunesse une meilleure santé de corps et d’âme.(…). (En Belgique), le scouting n’a pas laissé de fasciner les jeunes catholiques.(…). Il parut donc urgent d’instituer des boy-scouts catholiques.(…). Une lettre élogieuse du cardinal Merry del Val vient d’apporter aux fondateurs la plus haute récompense que pouvait ambitionner leur dévouement. Cette initiative a un peu étonné, presque scandalisé en France, et jusqu’ici nos directeurs d’œuvre ne semblent pas tentés de l’imiter.(…)." Dès le début de l’article, on entrevoit donc la possibilité de transformer le scoutisme en mouvement d’éducation catholique.

"Je ne tirerai pas argument des détails matériels qui chez les Eclaireurs de France rappellent désagréablement certains rites maçonniques : la multiplicité des grades, l’abus des insignes symboliques, les animaux décorant les fanions et fournissant aux patrouilles noms et cris de ralliement, le salut bizarre, la loi scoute, le serment…(…). Le seul fait que les organisations de scouts français restent dans la mouvance du protestantisme doit en écarter les catholiques." On retrouve bien ici le thème principal de la campagne de presse de 1911 à 1913 : mettre les jeunes catholiques en garde contre les EdF et les EU. Mais ce que le père Caye reproche essentiellement au scoutisme de Baden-Powell, c’est qu’il ne définit pas son but, qu’il manque d’assise philosophique, qu’il ne connaît pas les raisons de ses exigences. Un problème qui chagrinera aussi les fondateurs des SdF, on l’a déjà vu. Le jésuite reconnaît "un code excellent : mais qui est-ce qui le montre obligatoire ? qui est-ce qui donne la force de le suivre ?" Puisque le catholique, lui, peut répondre à ces questions, il peut utiliser le code. "N’y a-t-il pas lieu de constituer, comme en Belgique, des troupes scoutes proprement dites, mais catholiques, et une fédération à part ? Pour répondre à ces questions, il nous faut étudier de plus près, en dehors de la dérivation et déformation française, à sa source et dans son essence, le scouting. Tel que l’a conçu Baden-Powell, et qu’il se retrouve à peu près dans tout pays, quels sont ses principes et sa philosophie ?"

Contrairement à la plupart des détracteurs du scoutisme, le père Caye montre ici qu’il ne juge pas le mouvement à ce qu’il peut constater chez les EdF, neutres, et par là-même éloignés du fondateur anglais. Habituellement, l’œuvre de Baden-Powell et son application française sont confondues : ignorance ou mauvaise foi…On a cette fois-ci affaire à un article bien documenté, qui ne cherche pas à critiquer systématiquement, mais à observer le phénomène scout avec clairvoyance. Le père Caye décortique alors les différents aspects du scoutisme et voit comment on pourrait les intégrer dans une formation catholique. Pour chacun, il conclut que Baden-Powell n’a rien inventé, que ses idées se retrouvent dans l’histoire des saints de l’Eglise.

"Les éléments bons, voire excellents, développés par le scouting en pays protestant, ont germé de vieilles semences catholiques ; pour leur assurer pleine prospérité et fécondité magnifique, il n’est que de les replanter, à leur place et selon la vieille culture, au terrain catholique.(…). Le scouting préconise le retour à la nature.(…). Mais c’est du Jean-Jacques tout pur ! C’est bien pire encore. Si nous n’y prenons garde, romantiques et matérialistes nous couleront sous cette formule vague toutes leurs rêveries.(…). Mais nous connaissons une autre manière. L’Evangile nous exhorte à nous séparer du monde.(…). Nous pouvons donc, sous la conduite de l’Eglise, parcourir dans le détail les moyens que propose le scouting pour ramener à la nature -et y faire notre choix." De même, d’après l’article, seul un catholique peut concilier le sens de l’honneur et l’humilité. Les autres tombent forcément dans l’orgueil. Le père Caye parle aussi des sauvetages, encouragés par BP (qui demandent aux scouts de savoir nager) et, le premier, assimile cette activité à l’apostolat, sauvetage des âmes. Cette analogie sera maintes fois reprise, nous le verrons, dans les écrits des SdF.

Ainsi la démarche du père Caye, en 1913, préfigure-t-elle celle des aumôniers fondateurs des scouts catholiques français. Bien entendu, à la base, le père Sevin se montre beaucoup moins critique face à la méthode de Baden-Powell, qu’il adopte intégralement, sans effectuer le tri proposé ici. Pourtant, il opère la même assimilation avec les principes catholiques, la même surnaturalisation, point par point, de la pédagogie initiale. Une suggestion du père Caye, cependant, ne sera pas reprise, à propos de la promesse. "Le scout y promet d’observer ses devoirs envers Dieu, mais il promet sur son honneur, et non pas devant Dieu." Justement, les SdF tiendront à ne pas transformer la promesse en serment, ce qui ferait commettre aux parjures un péché mortel et retiendrait la plupart des garçons, à juste titre, de s’engager à ce prix. Au contraire, la promesse doit inciter chacun à dépasser ses strictes obligations, à agir, non pas pour éviter un mal, mais pour faire le bien. En tout cas, le père Caye avoue : "Je ne vois rien ici qui rappelle le serment maçonnique avec l’absolu et le mystère de ses exigences."

Enfin, ce jésuite défend l’idée de la BA quotidienne, souvent jugée ridicule, et conclut de son étude critique que, s’il reste inconcevable de fonder délibérément des scouts au détriment des oeuvres catholiques existantes, on peut envisager, le cas échéant, de fonder une fédération indépendante, qui rechercherait cependant l’approbation de Baden-Powell. C’est dans cette lignée de pensée, bien qu’il ne le sache pas, que le chanoine Cornette, déjà convaincu du bienfait des méthodes scoutes, n’a décidé de le répandre au delà de sa paroisse qu’en voyant le nombre de catholiques membres des associations neutre ou protestante. Il justifie ainsi son initiative : "Le mouvement protestant des EU(…), bien organisé, et animé d’un très grand zèle apostolique attire à lui un grand nombre d’enfants. (…). Ne fallait-il pas tout tenter pour conserver à l’Eglise des enfants qui lui échappent ?" (17). Quant au père Sevin, persuadé de la valeur incomparable du scoutisme, il voulait de toute façon l’utiliser pour former une élite catholique et il n’a pas attendu, pour formuler ce désir, d’en constater la nécessité. Car son scoutisme catholicisé ne profite pas seulement d’activités attrayantes pour introduire à côté quelque instruction religieuse, il devient en soi une méthode exceptionnellement efficace d’éducation chrétienne.

Si la plupart des études sur le scoutisme soulignent l’évolution presque contradictoire du milieu ecclésiastique français entre 1913 et 1920, en réalité, certains articles voient chez les EdF une déformation du scoutisme originel, et envisagent, si l’attrait des jeunes catholiques pour cette oeuvre se montre trop grand, d’adapter la méthode aux besoins de l’Eglise. Bien entendu, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse, et insinuer que tous les prêtres attendaient avec impatience la naissance des SdF. On a déjà vu l’attitude des intégristes, intraitables sur l’ensemble du scoutisme. On retrouvera bientôt leurs attaques. Mais en général, la conquête des esprits avance, quoique difficilement.

 

NOTES :

1.C.Guérin,Eclaireurs SdF et signes de piste,1991,p.49.

2.Philippe Laneyrie, Les SdF, Le Cerf, Paris,1985,p.426.

3.d’après J.-J. Gauthé, Du secret scout,déc.1990,p.2 des notes.

4.Cité par Emile Poulat, Intégrisme et catholicisme intégral, Casterman, 1969, p.272.

5.Philippe Laneyrie,op.cit.,p.55.

6.J.-J.Gauthé,op.cit.,p.9.

7.Père Sevin, s.j., Le Scoutisme, Spes, Paris,1922,p.168.

8.Père Sevin, Le Scoutisme, op.cit., p.316 à 318.

9.Circulaire privée aux aumôniers et aux chefs, édition des SdF, déc. 1923, p.6.

10.J.-J.Gauthé,op.cit.,p.10.

11.J.-J.Gauthé,op.cit.,p.12.

12.Témoignage des Dames de la Sainte Croix de Jérusalem, Le Scoutisme, textes réunis par G.Cholvy et M.-T Chéroutre, Le Cerf, 1994, p.294.

13.Père Forestier, o.p., in Le Chef de déc.1933,p.666.

14.Père Caye, s.j, in Etudes, mars et mai 1913,p.451 à 472,puis p.646 à 658.

15.Christian Guérin,op.cit.,p.46.

16.Philippe Laneyrie,op.cit.,p.57.

17.Chanoine Cornette, L’éducation morale par le scoutisme catholique, édition des SdF, Paris,1921,p.8 et 9


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